Un tour du monde de 6 mois, 2 adultes, 1'enfant de 7 ans. Contre le temps qui court un voyage intérieur, des lignes de parenthèses dessinées par la trainée des vols qui vont loin, loin, loin.
Des valles encaissées, des eaux émeraude, un lac asséché, des torrents puissants, des sommets enneigés, des ocres, des roux, des plateaux à 5000m, des vallées à 4000m. Le spectacle est changeant et permanent, grandiose a chaque fois. L'appareil photo ne suit pas, pas assez grand angle. Et puis on roule et la photo de paysage, comme le portrait exige une appropriation, une projection intérieure. Le temps est celui de la route avant tout. Celui des ornières, des virages, de la poussière, de la bouteille d'eau qu'il faut apprivoiser pour réussir a boire dans les sauts du 4*4. Boire sa gorgée toutes les 10 minutes, absolument. Ca secoue, vacherie. Fenêtre ouverte sur panorama immense. Les heures s'avalent sans ennui. Je regarde ma montre constamment. 4000, 4500, 5000m... L'après midi, il me prend de changer le mode altitude pour l'heure, 1 fois, 2 fois au plus. C'est le temps des vallées, des cols et du thé. Des yourtes offrent du thé au lait, veine de vie et de sourire après la poussière et la solitude.
Et nous sourions devant la montagne. Et la montagne n'en finit pas. Et elle pousse, se déchire, s'agglutine, s'épaissit, se resserre, s'impose. La route est la, maigre et fluette résistance de l'homme contre l'Himalaya hostile. Aller à Leh c'est y croire, croire que la route peut encore tenir un moment pour nous. Le col de Rahtang à 4 heures du matin le premier jour au départ de Manali l'illustre. Nous étions parmi les derniers autorisés à tenter notre chance dans ces torrents de boue. 40kms en 5 heures et du Paris Dakar a chaque virage. Alors on prie Krishna, le capot est marqué du point rouge, comme le front du conducteur. Un arrêt minute dans un temple indou, genre ‘bénédiction drive' sans sortir de la voiture. God with us. On prie tous dans Rahtang. Rahtang sera vaincu à 7 heures. Derrière nous le combat continue. Il reste 460 kms sur les 480kms à parcourir. Ca va aller. Mais si. Aller a Leh donne des ailes, des 'l' dans la bouche. Répétez après moi :
'Aller A Leh'
Alexandre