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Un tour du monde de 6 mois, 2 adultes, 1'enfant de 7 ans. Contre le temps qui court un voyage intérieur, des lignes de parenthèses dessinées par la trainée des vols qui vont loin, loin, loin.

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Par Alexandre : le petit noir Sucre.

'Un café s'il te plait'.

Christian opère derrière le comptoir; ça râle, ça expédie, le parigot s'est trouvé son bar/épicerie/resto au cœur de la Bolivie. La formule est presque magique. Ici on parle français ! Pas déconner non plus ! Gouaille parisienne pure jus, manque plus que le 'parisien' sur le coin de nappe aux couleurs du drapeau du pays de la feuille de coca.

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Le café est évidemment servi avec du Sucre. Le local noie le noir dans la poudre blanche. Sucre, capitale administrative de la Bolivie et accessoirement dernier coin de Paris où il fleure bon cassoulet, clope, café et des 'JeTenColleraisMoiDes' accoudé au comptoir. On ne le refera pas, à croire qu'il est né dedans.

Seulement voilà, en France on n'ouvre plus de bistrot Parisien. Pas comme ça. Inaccessible. 'Le petit parisien' à 500$us par mois, on l'ouvre à Sucre. Petit dej a 10, clope à l'unité, bonbon à 1, rouge à table, y'a que la télé encore en couleur, pour le reste on joue l'anachronisme, un temps ancien vendu aux touristes en quête d'authenticité dans la capitale. Pourtant, le repère des Gabin en herbe n'est ouvert que depuis 2 mois.

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Ana, maquillage marqué, absorbe, imperturbable aux lois parisiennes des coups de gueule de son mari, un canard déchaîné qui réclame son journal satirique local pour donner un grand coup de pompe dans ce bordel corompu. Mais dans le fond, Christian c'est une crème, et pas qu'au fourneau.

Petite anicroche encore discrète entre le poulet basquaise 'Del dias' et le rouge bolivien, 'Le petit parisien' fait aussi agence de voyage. On jour la carte locale, transport en camion, accueil chez l'habitant, quechua pure sucre !

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La langue éponyme la plus connue et la plus méconnue de France à cause de Decathlon est la seule qui rythme les rêches journées à 3200 mètres d'altitude à quelques dizaines de kms de Sucre. A Maragua, coupé du monde civilisé par 2 cols et une rivière sans pont, on pose le sac à dos. Le feu de bois imprègne tout, les tissus, les peaux de Mouton, les murs noirs de suie, l'oeil plissé des femmes sous leur chapeau. On s'assoit par terre, la pomme de terre s'arrange comme on peut mais à tous les repas.

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La vie la plus rudimentaire interroge sans cesse le regard occidental : vêtements en lambeaux, sandales rapiécées, cheveux crasseux sous le chapeau, pas de chaise, une pierre en guise de table, d'évier, les pots tous noircis par les flammes du feu.

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Quand le salaire minimum ne dépasse pas 50€/mois, un frigo à 400€ trace une frontière infranchissable comme la rivière en crue pour ces quechua aux jambes arquées par les 6 heures de marche depuis Sucre. 20kgs noués autour des épaules dans une couverture colorée, les enfants dessus de surcroît, la vie est infiniment rude quand il faut traverser jusqu'au cou la rivière pour quelques produits de base. Il faut tenir, pas le choix. On chique la feuille de coca, remède universel contre la maladie, la fatigue, la faim et surtout la misère.

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 Hier, la rivière était basse, nous sommes passés sans coca, au sec dans la benne du camion remplie de pierres.

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S
Bonjour,<br /> J'y suis passé huit ans après l'article, la description est toujours fidèle, un bonheur ce petit Parisien!<br /> Merci à Christian et Ana pour leur accueil chaleureux.<br /> Sébastien
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