Un tour du monde de 6 mois, 2 adultes, 1'enfant de 7 ans. Contre le temps qui court un voyage intérieur, des lignes de parenthèses dessinées par la trainée des vols qui vont loin, loin, loin.
Errance de Raymond Depardon
La préparation avance. Moins d'un moins. Tous les jours, un colis vient rajouter une couche au mille feuilles du sac à dos pensé et repensé. Tous les jours, mon post-it to-do journalier me rappelle qu'on s'approche du départ, je raye des préparatifs de moins en moins urgents. Ni empressement, ni stress. Des choses à faire. Un sujet par jour. Voilà pour le rêve.
Heureusement Raymond me ramène à l'irréel. Heureusement Raymond parle de l'oubli, du présent. Arrêt sur images :
J'ai laissé décanter les idées de voyages, j'ai laissé venir les choses.
Errance d'abord. Son Errance. D'abord le format. Une page de texte, une photo. Un rythme, presque de voyage. Une écriture limpide, dépouillée, sans artifice, humble. On en revient toujours à cette écriture sans pathos. Une écriture féminine dans le sens où les phrases interrogent l'auteur. On écrit pour sonder l'esprit, comme on parle pour réfléchir.
Il y a la distance du photographe, la femme qui n'est pas là et qui aurait du accompagner l'auteur amoureux dans son tour du monde. Il y a cette quête et l'absence de but. L'errance. Et moi je ne lis qu'une chose entre ces lignes, l'art de voyager. Ses photos racontent un regard différent, une quête sans but. Le temps mort est le point fort de chaque composition. Des rails vers un horizon vide. Une silhouette, un poteau électrique et du goudron noir à charge égale de ciel gris, à mi hauteur. L'Errance de Raymond Depardon raconte l'homme qui se déforme et oublie son existence. Errance raconte une plénitude de l'instant. La respiration yoga nous permet de nous extraire des contingences matérielles. Se concentrer sur sa respiration, ne plus entendre qu'elle. Regarder la rue, ne plus voir qu'elle. Raymond est un yogi.
Sa plénitude s'appelle équilibre, composition, cadrage, c'est la forme de l'instant, l'ombre au bon endroit, la silouhette sans nom, la beauté du monde frustrée. Pas de farandoles, pas sujet phare, pas de montagne scintillante. Tel un moine, tel un bouddhiste, Depardon parle ainsi du temps, du temps mort qui devient temps fort.
Mon voyage, ma déformation. Je pars à un moment de ma vie qui me laisse dire que j'ai bien joué le jeu. Je suis déformé. Par le travail d'abord, qui m'affiche comme quelqu'un de rigoureux, méthodique. Après tout, cette marque de reconnaissance presque germanique sied aussi à Bach. Des années de Bach au clavier on sans doute rompu la tentation d'une vision vaporeuse du monde, purement sensible. On ne se nourrit pas d'états d'âme. Quoique.
Alors je voudrpaais voyager, pour ce "quoique", et le vivre à plein poumon. Je veux errer, et sentir le temps mort. Je veux me reformer.
J-25
Alexandre