Un tour du monde de 6 mois, 2 adultes, 1'enfant de 7 ans. Contre le temps qui court un voyage intérieur, des lignes de parenthèses dessinées par la trainée des vols qui vont loin, loin, loin.
Arrêt sur image.
3 mois se sont déjà écoulés dans ce tour du monde. L'appareil me suit, à moins qu'il suive nos yeux ou notre émotion. Il se peut bien aussi qu'il ne vive pas le même tour du monde. Je me pose maintenant cette question essentielle de la raison qui me fait appuyer sur le bouton.
Avant de m'interroger sur ma motivation, je me dis qu'il est bon d'expliquer l'effet, le bénéfice.
Je reste persuadé que l'emotion vécue en regardant une image peut surgir à tout moment. J'identifie différents temps, des révélations plus ou moins programmées, plus ou moins proches de la prise de vue
(Le hasard du choix des mots me fait choisir 'révélation', heureux hasard pour un art aussi chimique).
D'abord l'enchantement au moment de la prise de vue; Souvent le portrait me procure cette évidente impression de capturer l'émotion au filet à papillon, un battement d'aile, une pression sur le bouton.
L'appareil comme machine à arrêter l'émotion. Je l'ai attrapé. Ai-je été assez prompt ? Oui ! Victoire.
En dehors de ce moment de vie, il y a un mode deconnecté, un travail à part entière moteur des clichés que je prends. Pour expliquer celà, il faut se convaincre qu'une photo n'existe pas tant qu'elle ne s'exhibe pas.
Les images font leur vie. Je crois foncièrement que le support leur donne leur maturité. Elles arrivent ou n'arrivent pas ainsi à toucher, à convaincre le spectateur. Un ecran d'appareil photo, un ecran d'ordinateur, un agrandissement, un passe partout, un mur de salon, une page de livre, une exposition, un mise en série ... Les âges de raison d'une image sont nombreux et de tous ces supports, parfois un seul en révèlera le meilleur, un seul sera la faire sortir
de la banalité, lui donner un sens, une vie.Je ne compte pas en faire l'inventaire pesant. J'ai cette conviction
en moi au moment d'appuyer sur le bouton. J'ai un devoir pour l'après sans quoi rien n'existera jamais. Je ne fais pas de la photo uniquement pour le moment présent. Je le fais pour un futur qui fera parler le passé, pour un jour qui réclamera une envie d'hier ou d'ailleurs. Je le fais pour moi et pour l 'autre car mes images ne m'appartiennent pas. Elles appartiennent à qui veut les charger d'un sens.
En voilà donc l'effet, le bénéfice. Voilà ce que j'entends par 'les différents temps'.
Alors mes photos voyagent-elles en même temps ? Vivent-elles la même émotion ? Est ce la raison qui motive la pression de mon doigts sur le bouton ?
Non, évidemment non. Cette réflexion impose de prendre les images qui se présentent. Elles racontent une autre histoire. Je 'vois' au fil des kilomètres, au fil des lumières surtout. Je me dois de travailler. Car si je veux aussi raconter notre histoire, j'aurai besoin de ces lumières capturées, ces portraits de visages parfois a peine croisés, j'aurai besoin de cette matière là.
Mon voyage est une mosaïque d'impressions et de moments qui se révèleront précieux. Mon voyage, comme les photos procèdent d'une démarche inconsciente, du pas en avant. Le bonheur n'est pas signalé par un voyant vert, on ne le touche pas. La photo qui compte non plus. Pourquoi cette image là et pas une autre ?
Le temps des photos qu'on regarde n'est pas le temps des photos qu'on prend.
Je ne crois pas a l'acte conscient en photo.
Voilà donc pour la raison, en un mot il s'agit d'un travail.
Je ne sortirais l'appareil qu'au moment du coucher de soleil, de la table dressée pour Noël, de l'arrêt minute a midi sur la route inscrite au patrimoine machin, qu'au moment où Arthur ouvre ses cadeaux sous un abat jour faiblard si je croyais aux vertus de l'instant conscient. Rien de pire pour se lamenter de l'effet car la reine lumière n'était pas invitée au bal.
Pendant le voyage on se mêle à la nikon populis en groupe serré qui se presse à photographier la ... fanfare ! Il faut bien que je le dise un jour. Alors je le dis là. Je me dis qu'il manque l'essentiel à ces boitiers cliquants. Non pas un capteur de lumière mais de son. C'est un microphone qu'il faudrait. Le gros jouet reflex acheté 2 fois le prix de mon boitier offre toute sa puissance en position tout- auto. Mais ils photographient quoi ? Les 110 décibels ? La grosse caisse qui résonne dans les veines ? La photo va sortir en relief on ne sait jamais. Mais j'y pense, des appareils reflex proposent la vidéo ! En somme, plus plus plus...ou moins moins moins, tout dépend du point de ...vue. Je ne prends personne de haut. Il ne s'agit pas d'un geste photographique comme je tente de m'expliquer ici. J'ai photographié des fanfares, Arthur sur les genoux de Saint Nicolas, le lac en contre jour a 12:30. Et je les photographierai encore. Ces images là ne feront pas une bonne image. Je le pense. Et j'accepte un autre argumentaire, une autre opinion, une autre définition de la bonne photo.
Il y'a autant de définitions que de photographes. Seul le résultat compte.