Un tour du monde de 6 mois, 2 adultes, 1'enfant de 7 ans. Contre le temps qui court un voyage intérieur, des lignes de parenthèses dessinées par la trainée des vols qui vont loin, loin, loin.
Une journée (a)typique. Départ de Rangoon a 5:30. Les filles attendent discrètement derrière la porte de la chambre pour porter nos bagages. Jamais elles ne demanderaient un pourboire. 5:35 le taxi nous attend. Quota de sourire habituel, score à battre 582. Même a cette heure je suis touché. Nous étions en mission. Double réveil, planification en fonction du nombre de jours restant avant le vol AirAsia de retour, nous nous sentions des pélerins en quête d'une récompense gagnée par des heures de bus éprouvantes et d'une interprétation du texte sacré : le lonely. Car le lonely planet a celà d'imprevisible et d'impénétrable qu'il décrit le paradis a renfort d'images sémi bibliques comme la balade a poney le long de la plage ou la dérive sur les eaux en chambre à air de camion.
Alors il faut y croire, y aller et ne jurer que sur l'idée qu'une route tranchée dans l'epaisse forêt birmane (quelques éléphants sauvages errent encore par là) ne peut conduire qu'au nirvana du routard : l'absence de barbecue sur la plage et de poney en goguette familiale. Il suffit de quelques lignes d'allusions a du sable blanc délaissé à des kms plus au sud, des mots consentis par le devoir du guide de tout décrire, des mots retenus par l'envie de le garder quand même sercrêt, que pour soi, retenus par la peur de l'effet ravageur que produirait des mots comme Eden, graal ou havre de paix pour nous convaincre de nous lever encore à 5 heures du matin avec l'humeur d'Anne-Cecile qui va avec.
Il nous faut presque une heure en taxi pour aller a la station de bus. Il est dit que nous ne porterons pas les sacs aujourd'hui, 2 garçons s'occupent de tout. Service carlton club et bus déliquescent. Places 1,2 et 6. Nous verrons la route. Pas de surprise, pas de supplément, pas de retard, pas de négociation, l'Asie sans ses travers. Le bus se remplit au fur et a mesure encore sur la route. On s'arrange, on se met ou on peut. 7 heures a 100db, secoués comme dans une machine de chantier. 6 touristes, pas plus. Les péages se répètent, ça arrose tous les 20 kms, les billets tendus par la fenêtre sont attrapés au vol. Les généraux birmans ont élu cette côte pour leur beach resort de luxe ( rappelons que les mots luxe et general birman sont étroitement lies comme le rappel le coût de la liste de mariage d'une fille de général birman il y'a quelques années : 50 millions de dollars). La route est refaite sur les derniers kms en conséquence, ça saute moins que dans l'ancienne capitale Rangoon. La population locale a été déplacée par l'armée ai-je entendu. Un taxi nous propose 2€. Allez va ! On paye en moyenne 40% du prix globale d'un trajet dans les premiers et derniers kms pour aller et partir de la station de bus. Je me retourne en cherchant du regard la voiture. 2 mob font face. Le sourire de leur conducteur est pour nous. 2 voire 3 sur chaque mob, les sacs où on peut allez, zou ! Direction le sud (de nul part). Snorkelling dit le lonely. Y'a des mots qu'il faut prendre au vol. Le bungalow sèche sur la plage, une mini terrasse plein ouest sur l'océan indien. Il semble perdu comme un point virgule au milieu d'un roman de Dostoeivski. Arthur hurle qu'il veut celui là. 20$, breakfast included. Le paradis on l'attendait depuis 2 mois.
Auncun barbecue sur la plage, pas un magasin. Un resto et un room service au delà de l'imaginable d'un standard européen. J'ai oublié la définition du mot alambiqué et tiré a 4 épingles : politesse. Le sourire des birmans va au delà, l'envie naturelle d'être agréable, avenant ou de nous aider encore une fois ici appartient a un mot qui laisse le Larousse muet histoire d'imaginer le meilleur. Clarisse, ado en plein dans la crise qui va avec :"c'est tellement beau que ça n'existe pas dns le dictionnaire". Comment s'appelle cet océan ?
2 filles nous tendent le menu au bungalow. Nouilles servies sans avoir à bouger...elles s'excuseront pour les 0,10€ qu'elles ne peuvent nous rendre sur le billet. Ah, un orage s'annonce. C'est beau aussi un orage la nuit. Nous rêverons dans le bruit des vagues toujours présent, de Dostoeivski dans le Larousse des noms propres : auteur heureux.